La place des marchés (aujourd’hui place du Forum) porte bien son nom. On y trouvait le marché aux blés, la halle au pain, le marché aux draps, un emplacement réservé à la vente des souliers, et près de la rue de Tambour ce qu’on appelait la Pierre-au-change, une pierre ronde sur laquelle on vendait des objets saisis.
Les divers terrains de la place étaient séparés par des rangées de maisons à pignon et encorbellements et des édifices isolés dont la construction montait aux XIIIe, XIVe et XVe siècles. L’une de ces lignes de maisons portait le nom de Rang Sacré. C’est elle que l’on décide en 1838 de démolir pour construire à sa place la nouvelle halle couverte.
L’opération est confiée à Narcisse Brunette, qui vient d’être nommé architecte de la ville. La construction est terminée en avril 1840. Il s’agit d’une des premières charpentes métalliques réalisées pour un bâtiment public ( Victor Baltard ne donnera les plans de ses halles qu’en 1843).
Peu après Brunette édifiera, sur l’emplacement des cryptoportiques, en face de l’hôtel le Vergeur, la halle à la criée, dans une structure de fer masquée par une architecture d’arcatures en pierre.
Le reste de la place est occupée par le marché en plein air, très animé plusieurs jours par semaine.
Lors des travaux de fondation de la nouvelle halle, Narcisse Brunette s’était aperçu que le sous-sol de la place des marchés devait contenir un véritable trésor archéologique. On avait découvert une suite de caveaux situés sous la rue bordant la place et sous les maisons entre les rues Pluche set Coumeaux. L’architecte signala aussitôt sa découverte et en fera état par la suite dans ses souvenirs archéologiques. Il expliqua notamment avoir décelé l’amorce d’une grande salle qui était malheureusement coupée par des murs destinés à séparer les caves des maisons avoisinantes. Il estimait que l’on se trouvait en présence des anciens thermes romains, construits sous Constantin II. La découverte dans le voisinage de restes d’aqueducs et, plus tard, de réservoirs, fortifia cette opinion, que partageait l’historien rémois Louis Demaison. Tous deux se trompaient . on a pu établir par la suite que les thermes se trouvaient à l’emplacement de la sous-préfecture et de la poste actuelle.
On boucha donc ces trous archéologiques, les halles furent édifiées dessus, et il faudra attendre un siècle pour découvrir, après la guerre de 1914-1918, le Forum et les Cryptoportiques, au cœur de la cité Gallo-romaine et Moyenâgeuse…
Source : Reims, un siècle d’événement 1800-1900 de D PELLUS.