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La bibliothèque Carnegie de Reims : un joyau Art déco au cœur de la ville

Nichée à deux pas de la cathédrale Notre-Dame, la bibliothèque Carnegie est l’un des trésors les moins connus de Reims — et pourtant l’un des plus surprenants.

Derrière sa façade discrète se cache un chef-d’œuvre absolu de l’Art déco, né des cendres de la Première Guerre mondiale et enrichi de collections patrimoniales d’une richesse insoupçonnée. Voici de quoi préparer une visite qui vaut largement le détour.

Histoire

Une renaissance née de la Grande Guerre

L’histoire de la bibliothèque Carnegie commence par une tragédie. Reims, ville martyre du premier conflit mondial, fut la cible de bombardements intensifs. Le 3 mai 1917, l’ancienne bibliothèque municipale, installée depuis près d’un siècle dans l’Hôtel de Ville, part en fumée sous les obus allemands. Une partie seulement des collections échappe au désastre, ayant été mise à l’abri à Paris et dans les caves de l’église Sainte-Clotilde.

Face à l’ampleur des destructions, le philanthrope américain Andrew Carnegie, célèbre magnat de l’acier ayant fait fortune aux États-Unis, décide d’agir. Par l’intermédiaire de la Dotation Carnegie pour la paix internationale, une aide de 200 000 dollars est accordée à la ville pour reconstruire sa bibliothèque. Reims fait partie des rares villes européennes du front à bénéficier de ce mécénat exceptionnel — d’où la présence, aujourd’hui encore, du drapeau américain sculpté sur la façade du bâtiment.

La construction est confiée à l’architecte rémois Max Sainsaulieu, également connu pour son rôle dans la protection de la façade occidentale de la cathédrale de Reims pendant la guerre. Les travaux débutent en 1921 et s’achèvent en 1928. Le 10 juin de cette année-là, la bibliothèque est officiellement inaugurée en présence du président de la République Gaston Doumergue et de l’ambassadeur des États-Unis, Myron T. Herrick.

Après avoir un temps hébergé l’ensemble des collections municipales, la bibliothèque Carnegie a retrouvé, à la suite d’une importante rénovation menée entre 2004 et 2005 par les architectes Jacques Bléhaut et Jean-Loup Roubert, sa vocation initiale : celle d’une bibliothèque d’étude et de recherche, dédiée à la conservation et à la valorisation du patrimoine écrit rémois. Elle propose régulièrement des expositions temporaires, met en avant ses pépites patrimoniales et ouvre parfois ses coulisses au public à l’occasion des Journées européennes du patrimoine.

Architecture

Un chef-d’œuvre de l’Art déco

Max Sainsaulieu conçoit un bâtiment résolument moderne pour son époque, qui devient une véritable vitrine du style Art déco naissant. Le péristyle d’entrée est d’ailleurs présenté à la célèbre Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de 1925 à Paris — celle-là même qui donna son nom au mouvement — où il remporte une médaille d’or.

L’originalité architecturale du bâtiment tient notamment à sa forme : l’arrière de l’édifice adopte un plan en hémicycle, entièrement dédié au stockage des collections, tandis que l’avant accueille les espaces de lecture et de réception du public. Sainsaulieu a travaillé chaque détail avec un soin extrême, du mobilier jusqu’aux poignées de porte, en associant son travail à celui de grands artistes décorateurs de l’époque.

Le hall d’accueil, à lui seul, mérite le déplacement : il est orné de vingt mosaïques en marbre et surmonté d’une coupole à quatre pans qui se termine par une superbe lanterne en pendentif, œuvre du maître verrier rémois Jacques Simon (à qui l’on doit aussi des vitraux de la cathédrale de Reims). Dans la salle de lecture, un vitrail zénithal signé Jacques Gruber, autre grand nom du vitrail Art déco et Art nouveau, représente un livre ouvert frappé des armes de la ville de Reims. La salle d’exposition, quant à elle, est parée d’une élégante marqueterie de bois de bout, et la salle des catalogues conserve tout le charme géométrique et raffiné de l’esthétique des années 1920.

Ces qualités exceptionnelles ont valu au bâtiment d’être partiellement inscrit à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques : la façade, la toiture, le hall d’entrée et le vitrail de la salle de lecture bénéficient de cette protection.

Trésors de la bibliothèque Carnegie

Si l’écrin architectural impressionne, le contenu n’est pas en reste. La bibliothèque Carnegie conserve aujourd’hui près d’un demi-million de documents patrimoniaux, parmi lesquels :

Environ 3 000 manuscrits, dont le plus ancien remonte au VIIe siècle. Le fonds compte notamment un ensemble exceptionnel de 51 manuscrits carolingiens du IXe siècle, provenant en grande partie du monastère Saint-Thierry, près de Reims, et enrichis sous l’impulsion de l’archevêque Hincmar au IXe siècle. Parmi ces pièces figure un évangéliaire aux lettres d’or et d’argent sur vélin pourpre, d’une facture particulièrement rare.

220 incunables, ces premiers livres imprimés antérieurs à 1501, ainsi que des ouvrages imprimés couvrant cinq siècles, du XVIe au XXIe.

– Un fonds ancien de livres médicaux des XVIe au XIXe siècles, des documents liés à l’affaire Dreyfus, et de riches collections iconographiques (plus de 60 000 documents : cartes postales, photographies, estampes) retraçant l’histoire de Reims et de sa région.

– Une collection très inattendue d’environ 30 000 romans policiers, reçus au titre du dépôt légal entre 1983 et 2006 — un fonds unique en France qui témoigne de la vocation encyclopédique du lieu.

– Des fonds d’écrivains et de poètes, comme celui consacré au mouvement littéraire du Grand Jeu (avec notamment René Daumal), ou encore les archives du poète rémois Marc Alyn.

Tous ces documents sont consultables sur place, dans les salles de lecture historiques, ce qui permet aux visiteurs curieux de feuilleter (sous conditions) une partie de cette mémoire écrite de plusieurs siècles.

Informations pratiques

Adresse : 2 place Carnegie, 51100 Reims — à quelques minutes à pied de la cathédrale.
Horaires habituels : ouverte du mardi au samedi (fermée le dimanche et le lundi) ; les horaires précis peuvent varier selon les jours et les périodes, il est donc conseillé de vérifier le site officiel des bibliothèques de Reims avant de s’y rendre.

Tarif : l’accès et la visite du bâtiment sont gratuits.

À voir en priorité : le hall d’entrée et ses mosaïques, la coupole et sa lanterne signée Jacques Simon, la salle de lecture et son vitrail de Jacques Gruber, ainsi que la façade extérieure avec son drapeau américain sculpté, symbole discret mais émouvant de la générosité de son mécène.

À combiner avec : une découverte du patrimoine Art déco rémois dans son ensemble — Reims, reconstruite après la Grande Guerre, possède l’un des ensembles Art déco les plus riches de France, aux côtés de la cathédrale et des maisons de Champagne.

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Informations de Contact
2 Pl. Carnegie, 51100 Reims
03 26 77 81 41